How I met the power : Vote for Toréador !
Par Toréador | janvier 27, 2012
Bon, j’ai attendu que la dernière formation nationale désigne ses candidats pour éviter qu’on puisse savoir sous quelle étiquette je me présentais.
J’ai le plaisir de vous informer que dans six mois, quelque part en France, je serai candidat(e) aux législatives. La bataille interne fut longue, j’avais des rivaux. Finalement, ça n’a pas été aussi sanglant que ça aurait pu : j’ai un peu été le/la candidat(e) par défaut. Je crois qu’on connaissait les politiques qui bloguaient, mais les blogueurs passant en politique, c’est rare.
Du coup se pose le problème de ce blog : à partir du moment où je vais porter les couleurs d’un parti, je pense complètement artificiel de maintenir une attitude ni droite/ni gauche, à laquelle je m’escrime depuis prêt de 5 ans, avec dans l’idée d’éviter qu’on puisse passer au tamis mes écrits avec un filtre idéologique. Ce serait pour le coup particulièrement déloyal de maintenir un blog susceptible de critiquer le programme de tel ou tel candidat, si je me présente sous ses couleurs. Quand bien même ce n’est pas le plus gros des partis, ni le plus extrêmiste.
Bref, c’est un dilemme. J’hésite :
- Fermer définitivement ce blog
- Suspendre ce blog le temps de la campagne
- Révéler ma couleur politique et continuer Toréador de manière anonyme mais cette fois-ci, pour un camp
Toi, ô, mon lecteur, je te le dis : je vais prendre le temps de la réflexion. Je verrai les réactions et s’il n’y en a pas, alors je vous dis à tous à bientôt : vous avez été quelque part mon premier (é)lectorat, sur lequel j’ai aiguisé mes banderilles. Sachez que peut-être demain, vous voterez pour moi, … sans savoir !
T.
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Banderille n°380 : Bayrou, au nom de tous les leurres
Par Toréador | janvier 21, 2012
Acte IV : le troisième homme (« la mariée était en jaune »)
Toute présidentielle se bâtit sur une scénographie et, comme en France on aime les pièces classiques, on préfère parmi les journalistes qu’il y ait 5 actes. Le feuilleton haletant permette de mobiliser l’électeur, malgré le fait que les réélections de président en place soient toujours des fours au niveau enjeu (2002, 1988, …).
L’acte I, ce fut « DSK super-star » (pendant ce temps-là, moi je vous disais que ce serait Hollande et que Bayrou flinguerait Borloo). L’acte II, s’appela « DSK : la chute » (je n’y reviendrai pas…), l’acte III, « le formidable Monsieur Hollande » (et j’ai alors pris alors le pari que ce sera Sarkozy qui gagnera, en pointant le problème de niveau de l’ancien Premier secrétaire et le fait qu’il se balladuriserait), voici venir l’acte IV : le troisième homme qui va tout chambouler.
Ah, le troisième homme ! Pour moi, c’est quasiment une réminiscence freudienne dans l’imaginaire Français, un doigt d’honneur inconscient au modèle occidental monogame. Au moment où la France prend un époux (ou une épouse),surgit le mythe de l’amant, plus beau, plus fougueux, qui va cocufier le mari légitime. Le troisième homme, c’est la promesse de la liberté. Le Modem aurait dû choisir le jaune, pas l’orange.
Seul problème, tout ceci ressemble furieusement au scénario de 2007 : une primaire d’où émerge un candidat censé incarner l’alternative ; des gaffes en série ; le gentil monsieur baillerou sur son tracteur. Comme exactement il y a 5 ans, je renouvelle mon opinion très sceptique sur le candidat du Modem : pas étonnant qu’il équilibre Le Pen puisqu’il fédère les mécontents, même s’il a mis un peu d’eau dans son vin, car il se pose en candidat anti-système. Montebourg a fait de même : les troisième homme, hélas, sont souvent réduits après les échéances cruciales à jouer les seconds-couteaux.
Bayrou et Le Pen, c’est le couple improbable : le premier est un homme de second tour, la seconde de premier tour. La disparition de l’une assurerait le succès de l’autre. Ils ne sont d’accord sur rien, et leurs électorats sont fongibles car la forme de discours est identique. C’est sans doute le coté « barrésien » de Bayrou qui joue en sa faveur.
Du général Boulanger à Mitt Romney
Sous ses allures patelines de notaire de province transcendé en homme qui fait trembler le pouvoir, Bayrou est un très gros ambitieux légèrement égocentrique qui a pour seul bilan une réforme ratée.
François Bayrou, rappelons le, s’est ainsi fait remarquer pour avoir mis 1 million de gens dans la rue en tentant de démanteler la loi Falloux, puis s’être fait invalider par le Conseil Constitutionnel.
Malgré un flair politique exceptionnel (il est balladurien en 1995), il est repêché à l’élection de Chirac et, échaudé par son unique tentative de mettre en accord ses idées catholiques et sa profession de foi politique, se contente de gérer le mammouth en écoutant avec prudence les syndicats. Quel réformateur !
Il est même allé plus loin, lui le « chrétien qui a vu la Vierge » : il est le premier à avoir protesté contre le venue du pape en France ! Bayrou me fait penser à Mitt Romney, qui met ses convictions religieuses en avant, mais qui visiblement a à peu près changé d’avis sur tout depuis 10 ans.
Il faut relire les articles de Picador qui s’était particulièrement échiné il y a 5 ans à dresser le portrait du fameux centriste.
Au nom de tous les siens… ou pas
Et Bayrou n’est pas seulement un grand réformateur : c’est un beau stratège, un unificateur. Il hérite en 1997 de l’UDF, seconde force politique de la Droite, et arrive à la démanteler en moins de 2 ans, provoquant le départ des Madelinistes à propos du FN (ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de copier l’argumentaire « Etat UMPS » des Le Pen). Parvenant à renaître de ses cendres en 2007 avec quasiment 19% des suffrages, il est lâché par la plupart des centristes emmenés par Morin, et crée le Modem qui implose au cours du quinquennat de Sarkozy, avec le départ de quasiment toutes les figures de proue : Cavada, Jean Arthuis (« on ne dirige pas un parti comme une secte »), pour finir par faire 4% en 2010 aux régionales.
Bayrou, c’est l’inverse d’Hollande :François H. c’est « mariage frères » – un fin marieur des courants contraires au point de ne jamais rien décider tandis que François B. est un solitaire qui n’a jamais réussi à garder les profils hétérogènes agglomérés autour de sa personne. Comment un tel profil peut-il espérer réunir des gens qui ne pensent pas comme lui dans une « Union nationale », cela relève de la méthode Coué. Gouverner avec la droite et la gauche lorsqu’on fait campagne sur le rejet simultané des deux, cela me laisse songeur.
La chance de Bayrou, c’est qu’il peut gagner ( En janvier 1995, Chirac était à 14%, ce qui prouve que Bayrou est sans doute l’alternative la plus crédible aux 2 autres) mais son problème c’est qu’il ne peut pas gouverner : ce sera le retour de la IVème République. Qu’une fausse-valeur comme lui puisse être montée en chantilly par les médias, c’est à mon avis la preuve que le système est un canard sans tête perdu dans le labyrinthe de la crise nationale.
Tags: Au nom de tous les leurres, Bayrou, Hollande, Mariage FrèresSujets: Banderille, Toréador critique le Centre, Toréador critique littéraire et médiatique | 8 Comments »
Olé n°195 : Vive la fin du triple A !
Par Toréador | janvier 17, 2012
Le ConcordiAAA
Lorsque le magnifique paquebot Concordia s’est abîmé en mer, victime d’un rocher mal placé, et que l’on a eu à déplorer malheureusement un grand nombre de victimes et de disparus, deux réactions ont été enregistrées : premièrement, l’ébahissement, et ensuite, la soif de justice. En d’autres termes : « Comment un paquebot aussi sophistiqué a-t-il pu s’échouer aussi lamentablement en faisant du cabotage ? » puis « Qui est responsable ? « .
A la première réponse, il est difficile de répondre : le rocher était présent sur les cartes, et le paquebot disposait d’un sonar. Il en va de même pour le navire France, qui a raclé la coque la semaine dernière, et qui savait pourtant depuis 30 ans qu’il était sorti de la route de l’orthodoxie budgétaire et qu’il allait droit sur les récifs.
A la seconde question, là aussi pas mal de points communs. Alors que le navire prend l’eau et se couche, beaucoup accusent le capitaine du navire, d’autres la structure du bateau, d’autres encore la mer démontée.
Etonnante manie Française qui est de chercher à pendre haut et court le responsable avant même d’essayer de sauver collectivement le navire. C’est d’autant plus stupide de se réjouir que si le mistigri est aujourd’hui chez Sarkozy, il sera demain peut-être chez Hollande.
La France, plus standard, plus poor
Il y a dans les analyses qui font florès dans les médias un manque total d’esprit hétérodoxe. Les mêmes phrases creuses sont rabâchées : il faut des réformes structurelles / les agences ne sont que le thermomètre, pas la maladie / nous vivons depuis longtemps à crédit / le triple A est notre trésor national, blablablabla. En gros, à ça se résume à ceci : le triple A, c’est bien.
C’est quand même con, les gars : on a vécu trente ans avec, sans savoir qu’on l’avait ; et lorsque la presse a daigné nous avertir que c’était notre plus beau joyau, on l’a perdu quelques mois après. Si c’est pas du saaaadisme à l’état pur, ça ! Le triple A, c’est comme le bonheur, finalement.
Et pourtant, je ferai remarquer un truc en passant : le triple A nous a amené la scoumoune.
Depuis 1975 – c’est à dire à peu près l’année qui a suivi l’acquisition de la meilleure note – nous nous sommes mis à vivre au dessus de nos moyens, et plus aucun budget n’a été bouclé en équilibre. Les années 1975 – 2011 ont été des années de dictature de l’offre, de régression de la part du travail dans le partage de la valeur ajoutée, de chômage, de dérèglementation, de désindustrialisation. Ce sont ces années là que vous regrettez ?
Moi je dis non. VIVE LA PERTE DU TRIPLE A.
En effet, je propose une analyse alternative : c’est à partir du moment où l’élève « France » a obtenu 20/20 qu’il a arrêté de réviser sérieusement ses leçons, de travailler ses devoirs, et de suer sang et eau pour rester le meilleur. Au contraire, il a vécu sur ses acquis, et s’est endormi près du radiateur. Un peu comme le Concordia, c’est lentement que l’organisation s’est délitée, l’équipage a baissé en qualité et les manoeuvres de secours oubliées… tandis que les passagers se croyaient en croisière.
Au point qu’au premier choc, tout a craqué : le navire, certes, mais aussi l’équipage et le commandant de bord. Tout échec est collectif.
Je souhaite donc que la France arrête de regarder ce que disent les agences de notation, et commence d’abord par balayer chez soi : lorsqu’on fait correctement le ménage, on n’a pas peur que les voisins vous accusent d’être sale. Affranchissons-nous d’objectifs externes et recentrons-nous sur le bonheur des Français, c’est le seul triple A qui m’aille. De Gaulle a très bien vécu sans le triple A, et nous n’étions guère plus malheureux !
Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort – le ConcordiAAA n’est pas le Titanic. Profitons-en !
Tags: Concordia, dette, Naufrage, pensée unique, Triple A, Vive la perte du triple ASujets: Olé | 2 Comments »
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Par Toréador | janvier 13, 2012
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Paso Doble n°231 : Il(s) changeai(ent) d’Avis
Par Toréador | janvier 11, 2012
A las cinco de la tarde…
Rupture vs Changement
Alors que jamais la marge de manoeuvre des deux grandes formations n’a autant été contrainte par le grand orage mondial qui s’est abattu sur notre économie, les deux candidats principaux font assaut de propositions radicales qui visent à bouleverser le modèle actuel.
Nicolas Sarkozy renoue avec ses idées abandonnées en cours de quinquennat, et puise dans la « rupture » de 2007 ses meilleures cartouches : la TVA sociale, la taxe tobin. C’est le grand bond en arrière ou en avant (c’est selon).
François Hollande, lui aussi, curieusement, se fait va-t-en-guerre : abandonner le nucléaire (ou pas), supprimer le quotient familial (ou pas). Il va même plus loin, en choisissant un slogan – le changement - qui sonne étrangément proche de celui de rupture. On pourrait trouver ceci paradoxal, sauf à considérer que se porter en contre par rapport à l’homme de la rupture de 2007, c’est finalement revenir à la situation pré-existante, c’est à dire au Brejnevisme (1988 – 2007). Reste qu’on est loin de la force tranquille.
Tigre & Dragon, Cul & Chemise, Lièvre & Tortue
Il y a quelque chose d’éminemment incompréhensible dans l’attitude des deux big one : alors que l’opinion s’inquiète pour la solidité des murs de la maison, est-il prudent d’accentuer leur angoisse en parlant de démolir la véranda pour faire un solarium ? Je vois dans cette course à la bonne idée, dans ce concours Lépine du meilleur réformateur, un effet direct de l’absence de marge de manoeuvre, un peu comme si nos deux canards cherchaient un moyen de se démarquer à tout prix, tout en sachant in fine qu’ils feront la même politique.
Nicolas Sarkozy promet, mais on sait que ses chantiers pourraient brutalement s’enliser. Il va vite, comme le lièvre. François Hollande propose, mais il se rétracte, comme le saint-bernard l’ermite ou la tortue qui tâte l’extérieur avant de revenir prudemment dans sa coquille.
Le chemin de l’avenir se trouve entre les deux équilibres sous-optimaux décrits plus haut.
Espérons qu’on ne paume pas en route notre indépendance énergétique ou notre place de Paris…
Tags: Changement, Hollande, Rupture, sarkozy
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Banderille n°379 : Le syndrôme du Cid
Par Toréador | janvier 10, 2012
Villepin, Boutin, Morin : les Chipmunks sont dans un bateau…
Vous connaissez les vers célèbres de Corneille : « Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort. Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port » – il en est des parrainages à la présidentielle comme de la poésie classique. A chaque élection, les petits partis bêlent qu’on veut les étrangler en les muselant.
Il est vrai que pour Nicolas Sarkozy, « Atomic Boutin » , alias miss demi-pourcent, (ou miss 50 cences), représente une ennemie mortelle qui doit l’empêcher de dormir. Et je ne parle pas des autres cheapmunks (Morin, Villepin…).
Après Boutin, Le Pen, puis Poutou se sont engouffrés dans la brèche. Le Front National est le meilleur à ce petit jeu – courant janvier, il menace, tape du sabot, montre les cornes, mugit. Atteinte à la démocratie : place à la victimisation. C’est le grand complot de « l’establichement », celui piloté par les élites mondialisées, les métèques, les étrangers, et les européistes. Il n’y a que Baillerou qui n’a pas encore crié au meurtre, sans doute absorbé par sa politique du P.I.R*.

J’en cache les deux tiers, aussitôt qu’arrivés,
Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés;
Et puis finalement, deux mois plus tard, on s’aperçoit que tout le monde a ses signatures. En 2007, nous étions tellement riches que nous avions 5 candidats d’extrême-gauche et de gauche radicale, totalisant au final 10% des voix. Le fameux système de parrainages n’a donc pas été filtrant – mieux aurait valu avoir 2 candidats de gauche protestaire à 5% que 5 en dessous de ce seuil de remboursement.
Il ne faut pas s’en étonner : clamer qu’il est difficile de collecter 500 signatures sur 38 000 parrains possibles, c’est quand même fort de café : en 2007, les 12 candidats avaient besoin de 6 000 parrainages, ce qui en laissa donc 32 000 orphelins théoriques.
Bref, in fine, ce système de parrainages est complètement daté :
1/ laisser entendre qu’un parti comme le FN, qui a fait 10% des voix en 2007, ne pourrait pas être autorisé à concourir automatiquement en 2012, c’est aberrant ;
2/ permettre à des mecs comme Schivardi se présenter, à coté de Besancenot ou Laguiller, c’est clairement démontrer que la Droite donne des signatures à des candidats extrêmes pour affaiblir la Gauche, et donc que ces parrainages sont une très grande forfanterie.
3/ On en arrive à ce que 50%des candidats parle à 10% des votants (cf. 2007). Donner la moitié du temps de parole à la minorité, beau système !
* Et oui ! Produire, Instruire, Reconstruire. Ca aurait pu être pire s’il avait dit « Punir », la politique du PIP.
Sujets: Banderille, Toréador critique la Droite, Toréador critique la Gauche, Toréador critique le Centre | 7 Comments »
Paso Doble n°230 : Le retour de bip-bip
Par Toréador | janvier 8, 2012
A las cinco de la manana…
Que cent fleurs s’épanouissent
C’est bien connu, avant les élections, il faut lâcher du lest. On promet, on flatte, on cajole. C’est Hollande qui sort sa baguette magique pour créer 60 000 emplois par exemple. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.
Or, alors qu’il est en mauvaise posture dans les sondages, Nicolas Sarkozy a choisi la guerre tous azimuts en ouvrant, comme il a su si bien le faire en début de quinquennat, mille chantiers nouveaux qui sont autant de mini-bombes politiques. On ne sait pas s’il faut y voir du Zou enLai (« Que cent fleurs s’épanouissent ») ou du Mao (« Le Grand Bond en avant ».
On peut faire une liste rapide de ces promesses de réforme : la mise en place de la taxe tobin (qui va énerver les secteurs financiers), la TVA sociale (qui va mécontenter les retraités, lesquels vont subir une hausse de leur imposition sans rien gagner en retour), et surtout, surtout, la promesse de refonder l’Education Nationale en faisant plus travailler les enseignants sans réaugmenter le nombre de postes.
Le train sifflera deux fois
On aurait envie de dire : c’est un peu tard, jeune homme. Vous avez eu 5 années pour réformer, pourquoi tout précipiter, avec le risque que votre successeur défasse ce que vous avez si rapidement cousu ? En même temps, pour moi qui suis favorable à la taxe tobin et à la TVA sociale, je suis plutôt content que ça bouge : mieux vaut tard que jamais !
En réalité, Nicolas Sarkozy reprend le leadership dans la temporisation de la campagne en saturant les médias de ses propositions. C’est une stratégie qui avait fait ses preuves, ll y a 5 ans. Il n’y a aucune cohérence programmatique, ce qui permet de ratisser large et de casser les clivages : la taxe Tobin sans l’aval de Bruxelles plaît aux eurosceptiques altermondialistes, tandis que le renforcement de l’UEM comble d’aise les fédéralistes ; la TVA sociale excite les sens des radicaux, tandis que la réforme de l’Education Nationale fait frémir les naseaux des libéraux. Et puis, il y a Jeanne d’Arc pour confronter le FN sur son propre terrain.
La (re) conquête a démarré. La stratégie de l’extérieur semble incohérente idéologiquement et très risquée mais je suppose qu’une batterie de sondages a indiqué au Président les points les plus décriés de son action. En ciblant quelques chantiers faciles, il peut légitimement faire taire ceux qui l’accusent de ne pas avoir tenu toutes ses promesses. En optant pour des réformes dures, il peut clamer son éthique de responsabilité et pointer que cela signifie plus de rentrées fiscales pour l’ETat. En zigzaguant partout sur le terrain de mines, il pourrait attirer son adversaire sur l’une d’elles. Si fin Janvier il est à 46% d’opinions favorables, ce round n°1 sera gagné…
Tags: démagogie, Education Nationale, Présidentielle 2012, Taxe Tobin, TVA Sociale
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Trêve des confiseurs ! En attendant Godot
Par Toréador | décembre 24, 2011
Chers lecteurs, chers afficionados,
En cette magique nuit de Noël, permettez-moi de vous adresser tous mes voeux : veillez sur vos familles, car in fine, c’est le dernier réduit d’intimité et de solidarité dans un monde tous les jours plus sauvage. Croyant ou pas, j’espère donc que vous fêterez un vrai Noël – cela suppose de concevoir Noël au delà de l’échange standardisé de marques achetées au dernier moment à la FNAC – puis que vous vous reposerez calmement en attendant 2012.
2012… Que dire… Je le sens dans mes vieux os… En comparaison d’il y a 5 ans, la campagne présidentielle ne sera PAS passionnante : ce fut le cas en 88 et en 2002, années de réélection. Ce sera une campagne ratée, beaucoup de bruit pour rien, avec une réélection de Nicolas Sarkozy. C’est en tous les cas mon pari. Cela ne veut pas dire que l’élection elle-même sera inintéressante, surtout si, comme je le suspecte, Marine Le Pen ou Bayrou se retrouve au second tour. Il faut se méfier des orages soudains, nullement annoncés par des averses : lorsque la foudre tombe, il est trop tard.
Alors autant goûter à 2011, année de toutes les folies et de tous les bouleversements. Le Printemps arabe et l’hiver démocratique, la crise de l’Europe, la mort de Ben Laden, les scandales sexuels ou financiers, la bataille pour la reconnaissance de la Palestine à l’ONU… Oui, goûtez y, car un siècle plus tôt, l’année 1911 avait été particulièrement riche en crises internationales mais personne n’avait imaginé que trois ans plus tard le conflit le plus meurtrier de l’Histoire se déclencherait. Goûtons donc au bonheur, et ce sans croire les millénaristes qui nous annoncent la destruction du Monde l’an prochain. Ce monde est le nôtre : c’est à nous d’en faire bon usage !
Toréador
PS : Quant à moi, je n’ai plus reparlé de ma participation aux futures législatives, afin d’entretenir le flou sur le parti dont je porterai les couleurs. Je vous donnerai le résultat fin Janvier…et vous donne rendez-vous dans 15 jours. I wish you a merry X-mas !
Tags: Noël
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Désir de rupture n°28 : Interdire les grèves certains jours de départ en vacances
Par Toréador | décembre 23, 2011
Les sous-doués font la grève
Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit un billet tombant dans cette catégorie. La grève brouillonne déclenchée par les agents de sécurité du transport aérien me donne cependant une bonne entrée en matière pour proposer une restriction du droit de grève.
En effet, je vous donne le fond de ma pensée : ceux qui ont planifié et conduit cette grève sont des amateurs. Ils ont tout fait pour se mettre l’opinion publique à dos ! Nos frondeurs des portiques ont commis l’erreur de ne pas préparer le pays en faisant monter la pression : ils sont allés à l’épreuve de force directement, donnant l’impression d’être les bad guys. Ensuite, nos révolutionnaires du ciel sont allés à l’affrontement divisés, sans vérifier d’abord qu’ils étaient capables de provoquer un mouvement national. Enfin, ils ont été extrêmement maladroits et provocateurs dans leur revendication : protester au nez et à la barbe de voyageurs furax, en faisant la fête dans les aéroports, c’est vraiment agiter le chiffon rouge.
D’un point du vue com’, nos che guevarra n’ont pas su rattraper leurs erreurs. Ils ont assumé d’entrée que leur grève obtiendrait la sympathie de l’opinion, en oubliant qu’ils ont autant de popularité qu’un CRS ou un agent des impôts. Qui n’a jamais détesté le passage au poste de sécurité des aéroports, où l’on vous oblige 5 fois à repasser le portique, tout en vous faisant jeter le tahiti douche dans une poubelle parce qu’il fait plus de 50cl ?
Les responsables syndicaux qui ont été interrogés à la télévision se sont montrés incapables d’expliquer le pourquoi du comment. Piètres orateurs, ils n’ont pas su s’aligner derrière un porte-parole efficace et charismatique. Au final, certains grévistes les ont doublés en s’exprimant directement à la télévision, parfois avec maladresse, toujours avec ingénuité.
Et le NPA a fini par débarquer pour les récupérer politiquement.
Les Pieds-Nickelés créent un syndicat
Lorsque l’Etat a voulu remettre de l’ordre sans se mêler du fond, en envoyant les policiers pour faire le travail, les grévistes ont eu un argumentaire particulièrement peu convainquant : mettre des policiers mettraient en danger la vie des voyageurs… Il faut donc en déduire que nos amis grévistes jouent avec le feu, et auront leur part de responsabilité si quelque chose arrive.
J’ai un peu de compassion pour nos apprentis-sorciers : ils sont pleins de bonne volonté et ne sont pas les archétypes paléo-syndicalistes de la fonction publique : beaucoup de beurs et de noirs, jeunes, dans les rangs des agents de sécurité. Sur le fond, leur revendication n’est vraisemblablement pas mauvaise. Simplement, c’est vraiment le contre-exemple absolu de ce qu’il faut faire pour obtenir satisfaction.
Problème : parce que 200 gusses sont mécontents et qu’ils font face à un patronat autiste, des milliers de Français sont empêchés de partir rejoindre leur famille. Ceci est le plus inacceptable. Voilà pourquoi, je suggère qu’on interdise la grève à certains moments de l’année : chassés-croisés d’août, départs de vacances de Noël et de pâques. Qu’en dites-vous ? OUI, NON ou BOF ?
Tags: agents sécurité, Brinks, droit-de-grève, grève dans les aéroports
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Paso Doble n°229 : Minuit, dans le jardin du bien et du mal (II)
Par Toréador | décembre 20, 2011
A las cinco de la manana…
Le Fer et le Velours
Quelques mois après mon précédent billet qui pointait l’étrange simultanéité conjoncturelle entre la mort de Ben Laden et la béatification de Jean-Paul II, le hasard frappe à nouveau à notre porte. Voilà en effet qu’à un jour d’intervalle disparaissent deux figures symboliquement aux antipodes : Vaclav Havel et Kim-Jong Il.
Le premier était une âme tchécoslovaque et européenne, éprise de liberté. Vaclav Havel était l’intellectuel fait chef d’Etat, l’incarnation d’une Nation et de son renouveau. Il était ce poète et écrivain engagé, pas un de Villepin mais un authentique combattant de la liberté. Vaclav Havel n’aimait pas le pouvoir, qu’il a longtemps combattu : élu de manière intérimaire pour 40 jours, il a régné 13 ans, bien malgré lui et a quitté le pouvoir sans regret.
A l’inverse, le cas du diable : Kim-Jong Il. Pas un poète ou un écrivain, mais un héritier sans grand talent, un apparatchik placé par son père au sommet d’une monstrueuse tyrannie bureaucratique et militarisante. Kim-Jong Il ne laisse pas de rêve derrière lui, pas d’idée ou de poésie : il était l’homme de la perpétuation du système. Le pouvoir, il l’a désiré, servi, puis l’a incarné jusqu’à la nausée.
Paradoxes
Les deux ont des parcours similaires puisqu’ils connu une ascension politique qui les a amené aux responsabilités en 1989-1992 (pour Havel) et en 1991-1994 (pour Kim-Jong Il). Il serait pourtant difficile de trouver, dans ces deux hommes morts prématurément (ils sont de la même génération : 1936 et 1941), autre chose que la thèse et l’antithèse du projet politique occidental.
Là où on ne se lasse pas de se pencher sur les tréfonds de l’âme humaine et sur le sens de l’Histoire, c’est que leur mort est saluée, dans chacun des pays concernés, de la même manière : manifestations collectives d’émotion, deuil national, drame d’un peuple qui perd son « père« . La Corée du Nord, comme frappée du syndrome d’Oslo, pleure son tortionnaire. La Tchéquie se lamente sur son libérateur.
Faut-il en déduire qu’à l’échelle de l’Histoire, chacun vaut l’autre. Match nul ? Pas forcément : Vaclav Havel disparaît en laissant derrière lui une explication brillante du phénomène qui frappe aujourd’hui la Corée. Kum Jong Il était l’incarnation de ce que Vaclav Havel avait analysé en 1978 dans son essai :« Le Pouvoir des sans-pouvoir ». Havel y analysait l’essence de l’oppression totalitaire des communistes. Il décrivait les mécanismes utilisés par le régime communiste dont le but était, selon lui, de créer une société sans pouvoir, résignée, composée d’individus craintifs et moralement corrompus.
La force d’un Vaclav Havel, c’est celle d’une Mère Theresa, d’un Nelson Mandela, d’un Dalaï Lama ou d’un Jean-Paul II : c’est le pouvoir de se sublimer pour incarner un modèle pour des milliers, voire des millions de gens. L’héritage de Vaclav Havel, c’est de montrer que chaque être a le pouvoir de faire de sa vie un chemin vers la justice. Les larmes des Nord-Coréens sècheront bien vite et les mausolées des rois-tyrans ne résisteront pas un jour à l’appel de la liberté.
Vaclav Havel est mort , mais le Havelisme est immortel !*
* Détournement du magazine communiste France Nouvelle de mars 1953 qui affirmait « Le cœur de Staline, (…) l’ami des travailleurs de tous les pays, a cessé de battre. Mais le stalinisme vit, il est immortel. »
Tags: Kim-Jong Il, Vaclav Havel
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